HISTOIRES

La collection d’objets cassés a débuté à proprement parler avec la consignation de leur récit. Raconter leur histoire leur a donné une autre valeur dans le flux des objets du quotidien. Leur récit a fixé le statut particulier que je leur accordais, pourquoi je les ai gardés, la teneur émotionnelle parfois symbolique. Leur récolte a fini par constituer un matériel narratif que L’archive des objets blessés détaille dans un langage pseudo-scientifique neutre, mais comment consigner une blessure sinon par le récit, la fiction?

Voici le récit fictionnel des objets cassés; les douze textes sont divisés en quatre interfaces de lecture qui permettent d’expérimenter différents modes de lecture, le mode linéaire contient tous les textes avec leur notice et un lien vers les images.

MODE DE LECTURE 1

Le buste ex-voto

Lorsque mon fils était petit, il avait une très belle forme de crâne totalement glabre, avec ses jolis lobes il ressemblait à un Rinpoché. J’aimais lui tripoter la tête en forme de pois chiche et me délecter de ses formes harmonieuses et j’ai entrepris de modeler son effigie dans la terre glaise. Lors de la cuisson au four le buste s’est fendu en trois morceaux sur le haut de la calotte crânienne. J’ai réparé les dégâts, mais la brisure est restée visible, soulignée par les traces de scotch utilisé pour recoller les bris. Lorsque le buste revenu à la maison, nous avons ri parce que le petit devant son portrait décapité a tenté de détacher sa tête (ce qui ne manqua pas de me mettre un peu mal à l’aise). Décalottée, la reproduction de mon fils me semblait contenir un mauvais présage. La représentation mal adroite, avec sa ligne de vie zébrant son front, son regard étonné, surligné par le tracé de l’arcade sourcilière, la bouche un peu boudeuse, le bout du nez noirci, tout semblait porter en lui l’histoire de sa cicatrice. Est-ce que qu’il ne valait pas mieux m’en débarrasser comme d’un ex-voto ? Compte tenu de toute la peine que m’avait donnée cette sculpture, je me suis consolée en me disant que ce buste trouverait sa raison d’être dans ma collection d’objets cassés. Dans les faits, il s’est avéré que cet enfant a de fréquents maux de tête, aujourd’hui encore, je le guéris alors en lui faisant d’incantatoires massages de la tête.

Le vase fêlé

Un jour j’ai acheté un beau vase dans une brocante. Son motif oriental de dessins de fleurs noires sur un émail blanc, sa forme élancée aux proportions gracieuses, m’a tout suite plu et il a naturellement trouvé sa place dans la maison. Un chrysanthème rouge s’y est logé, sa longue tige unique surgissant du vase à moitié rempli comme un feu d’artifice sur le lac. Je n’ai pas tardé à m’apercevoir que le vase avait une fuite. Au bout d’une nuit une flaque d’eau s’était formée au pied du vase qui ressemblait à un corps incontinent. L’émail du vase était craquelé par une fine fêlure imperceptible qui laissait lentement s’échapper le liquide nourricier. J’étais bien embêtée d’avoir un si beau vase sans pouvoir en faire usage, j’ai relogé le chrysanthème dans une bouteille de bière et j’ai mis le vase de côté.Même inutilisable, j’ai voulu garder le vase, il avait perdu sa fonction d’usage, mais gardait ses vertus décoratives. Le vase fêlé avait surtout gagné une fonction symbolique dans ma mythologie personnelle, la forme du vase apparaissait comme une fontaine aux formes féminines. J’ai gardé le vase parce qu’il était un exemple d’objet contenant ne pouvant plus contenir, la fleur ne pouvait pas survivre sans eau, le vase contenait désormais l’image d’une perte.

Le dessin

Le point de départ de ma collection d’objets cassés a été ce petit dessin au lavis, tracé sur un coin de papier jauni déchiré. Le dessin montre un verre Duralex dont un coin est brisé comme si quelqu’un l’avait croqué, l’éclat gît au pied du verre. À côté, si je me rappelle bien, une bouteille à moitié remplie projette une longue ombre de soleil couchant. L’idée d’un contenant qui ne servait plus à contenir s’est imposée à moi. La bouteille était entière, elle était en attente de verser le liquide mais le verre était hors d’usage. Je vivais à cette époque la fin d’une histoire de couple sur le déclin et ce dessin cristallisait ce moment d’une relation qui se vide de son essence. J’ai alors tracé avec un gros pinceau un cadre autour de la scène silencieuse pour fixer cette image d’un écoulement, d’une perte et d’une fin. J’ai emporté le petit dessin partout avec moi, dans les malles de mes nombreux déménagements pour me rappeler comment un couple se brise s’il ne peut plus se contenir l’un l’autre.

MODE DE LECTURE 2

Les draps de ma grand-mère

 

Un jour que ma mère faisait du rangement elle m’a demandé si je voulais  récupérer d’un stock de draps en lin brodés aux initiales de ma grand-mère dont elle se débarrassait. J’en ai gardé deux, à cause de leur belle qualité de tissu, tout en volume avec un treillis de fils blanc irréguliers. Ils étaient comme de la matière pure, du temps épais et dense, je n’arrivais pas à les imaginer dans la poubelle avec ses initiales brodées au fil rouge. J’aime bien ces vignettes féminines sur la grande page blanche du drap, elles signent le travail silencieux des jeunes femmes en attente que leur sort se dénoue. Les consonnes rouges qui estampillent les lourds draps du lit de mes grands-parents m’inscrivent dans une histoire en initiales et au point de croix rouge.

J’avais en mémoire une anecdote au sujet sur ces draps, selon la personne qui me l’avait racontée, ces draps avaient été filés et tissés par les prisonniers du pénitentiaire de Sion. Bien que ces faits ait été démentis, vraie ou fausse, cette version de l’histoire des draps de ma grand-mère me semblait plausible et avait éveillé ma curiosité sociologique. Cette version conférait une valeur ajoutée qui justifiait que je garde précieusement ces draps comme témoins d’un passé inavoué. Je n’utilisais ce patrimoine sauvé que pour de rares occasions, leur lavage était une vraie corvée il fallait les bouillir et les repasser au fer-chaud. Ils ont fini par s’user jusqu’à devenir une fragile gaze et se déchirer. Je les ai raccommodés une ou deux fois à la machine à coudre, en zigzag à la punk, pour finalement me résoudre à les découper en une dizaine de torchons de cuisine. Le drap est entré dans un nouveau cycle, il a retrouvé une utilité, il contribue à calmer mon impression de perte de mémoire dans le tourniquet de la benne de la Croix Rouge, quand je me sèche les mains avec le tissu devenu gris et rêche.

Le troc de la photo

 

Une année j’ai participé à un marché de Noël, j’ai tenu un stand avec mes livres entouré d’un mélange de créations diverses et savoureuses. Lorsqu’on tient un stand on est là à parler de nos créations, on passe surtout beaucoup de temps à s’observer et écouter les explications des voisins voisines. En fin de marché je suis allé trouver un photographe dont le travail plaisait. Il développait ses photos dans sa salle de bains, des tirages sur papier coton très contrastés en noir et blanc. Je voulais lui acheter un tirage d'un paysage de montagne qui avait un air de photo d’explorateur alpin du 19 ème siècle. À mon étonnement il a voulu me donner la photo, il a même insisté pour la mettre dans un cadre IKEA blanc pour la protéger, je lui ai proposé de troquer des livres en contrepartie.

J’ai installé la photographie dans ma bibliothèque, mais quelques gros volumes plus tard, l’étagère bricolée a dégringolée comme une avalanche de blocs sur mon bureau dans un grand fracas de bois, papier et verre. La photo était transpercée et le verre en mille morceaux. Je pouvais facilement remplacer le cadre et restaurer la photo, mais j’étais en colère contre ma négligence. J’ai ramassé tous les morceaux de verre brisé suivant leur fascinant arrangement en strates transparentes vaporisées de poussière de verre étincelantes, traces menaçantes de ma conscience. Cela dit, maintenant que j’ai raconté son histoire, je vais pouvoir jeter les bris de verre, réparer la photographie et l’accrocher au mur sans me sentir mal à l’aise quand je raconte le troc qui est à son origine.

L'armoire au vœu caché

 

Je l’avais trouvée en fin de marché aux puces, c’est la dernière propriétaire qui a fait que je me suis attachée, l’histoire d’une inconnue. L’armoire était verrouillée, je la scrutait pour savoir ce qu’elle pouvait bien contenir. Lorsque nous avons réussi à crocheter la serrure, nous avons trouvé une armoire vide, mais ce vide était plein de vies passées. La porte s’est ouverte sur une forte odeur de savonnette, tout le monde s’est penché pour inspecter l’intérieur, soulagés et un peu déçus. L’essentiel était scotché à l’intérieur la porte, sous un clou, une coupure de journal qui titrait JE VOUDRAIS JUSTE ÊTRE HEUREUSE. Je la vois faire sa toilette en se regardant dans le petit miroir accroché à un clou en récitant sa secrète incantation matinale.Elle a dû garder le miroir, mais n’avait plus besoin du vœu.

Quelques années plus tard je suis tombé au dos d’une commode sur une minuscule coupure de journal qui disait JE VOUDRAIS ÊTRE BIEN DANS MA PEAU. Cacher des vœux dans les meubles de la chambre à coucher doit être une pratique locale, une sorte d’ex-voto. Ce qui me touche dans ces objets, c’est qu’ils sont porteurs d’une blessure exprimée en secret à soi-même. Cette armoire ouvre une une catégorie d’objets cassés à part, ils ne sont pas cassés, mais ils racontent une blessure intime; le rapport qu’une personne a entretenu avec un objet lui confère un pouvoir évocateur de blessures cachées.

MODE DE LECTURE 3

Le livre de poche tempétueux

J’étais en train de lire ce livre de poche, lorsqu’une dispute éclata avec mon compagnon. Croyant éviter le conflit qui pointait dans le ciel de ma lecture paisible, je continuai à lire sans donner le change ce qui fut interprété comme du mépris et enflamma la situation. Comme il n’y avait pas d’assiette à casser sous la main, le livre qui se dressait entre nous, bien que difficile à casser, a fini froissé, déchiré et jeté au sol. La tempête passée, j’ai rafistolé le livre de poche avec un rouleau de scotch, un linceul transparent comme les araignées. Consciencieusement j’ai relié les pages dans l’ordre et j’ai plastifié la couverture avec quantité de petites bandelettes collantes agaçantes. Mais la présence du livre scotché rayonnait dans la bibliothèque et me ramenait sans cesse à la dispute. Face aux autres livres lisses sa matière rafistolée était trop imprégnée de vécu. Je l’ai caché dans une boîte avec un tas de cartes postales et de lettres, comme si son message houleux allait se neutraliser parmi les missives amicales. Je le garde parce que c’est un bon livre et que sa charge émotionnelle fait partie des strates de vécu, il est retourné dans la bibliothèque avec les autres livres.

La fin tragique de doudou pomme

Quand ma fille est entrée en crèche, les éducatrices nous ont demandé d’amener un doudou, un objet de transfert qui allait l’aider à vivre la séparation. Elle a choisi Bébé pomme, doudou hybride avec une tête de bébé rose surmontée d’une tige et un corps en velours rouge surmonté d’une collerette verte. Il était devenu indispensable et s’est endormi tous les soirs dans ses bras durant sa vie de petite fille. Un matin je l’ai trouvé éventré devant la maison, une meute de chiens l’avaient déchiqueté durant la nuit. J’ai ramassé la tête avec le projet de lui greffer un nouveau corps, mais peine perdue, il avait perdu son innocence, elle ne le voulait plus. J’ai gardé la tête de doudou durant des années sans pouvoir me résoudre à la jeter, souvenir d’une tendre enfance pleine de douceur, un peu sordide avec ses égratignures sur la joue et son menton sale. Je l’ai mise dans mon cabinet de curiosités. Bébé pomme est un canal direct avec une période de nos existences, quand je le regarde je vois des images douces et colorées mêlées de dangers tapis dans la nuit. Doudou pomme est pour moi un survivant, un rescapé.

Les clefs de nulle part

Je garde tout un tas de clés dont je ne sais plus à quelle porte elles correspondent, quelle porte, portière, portail, cadenas, boîte, vitrine, caisse, valise, tout est sous clé mais sans clé. Clés sans serrures et serrures sans clés, de clés parfois cassées en deux, dont on n’ose se débarrasser de peur de ne plus pouvoir (r) entrer, un trousseau fantômes, témoins de refuges et trésors perdus. Je sais qu’il y a la clé de la maison des amis de Valencia, de La Chaux-de-fonds, de Montréal, de la cave de la Jonction, de ma vielle Chrysler que j’ai abandonnée dans un jardin avec dedans une collection de pierres de Trois Rivières, des lieux et des gens que j’ai aimés, des choses précieuses à mettre sous clé. C’est comme une pièce de 1 000 lires ou 2 francs français que l’on ne jette pas, car on ne jette pas l’argent à la poubelle, sa valeur est contenue dans sa matérialité. Ces pièces n’ont pourtant même plus la valeur du métal qui les constitue.

Table des matières

LECTURE linéaire

ANNEXES

HISTOIRES

Le dessin

Le point de départ de ma collection d’objets cassés a été ce petit dessin au lavis, tracé sur un coin de papier jauni déchiré. Le dessin montre un verre Duralex dont un coin est brisé comme si quelqu’un l’avait croqué, l’éclat gît au pied du verre. À côté, si je me rappelle bien, une bouteille à moitié remplie projette une longue ombre de  soleil couchant. L’idée d’un contenant qui ne servait plus à contenir s’est imposée à moi. La bouteille était entière, elle était en attente de verser le liquide mais le verre était hors d’usage. Je vivais à cette époque la fin d’une histoire de couple sur le déclin et ce dessin cristallisait ce moment d’une relation qui se vide de son essence. J’ai alors tracé avec un gros pinceau un cadre autour de la scène silencieuse pour fixer cette image d’un écoulement, d’une perte et d’une fin. J’ai emporté le petit dessin partout avec moi, dans les malles de mes nombreux déménagements pour me rappeler comment un couple se brise s’il ne peut plus se contenir l’un l’autre.

Le vase fêlé

Un jour j’ai acheté un beau vase dans une brocante. Son motif oriental de dessins de fleurs noires sur un émail blanc, sa forme élancée aux proportions gracieuses, m’a tout suite plu et il a naturellement trouvé sa place dans la maison. Un chrysanthème rouge s’y est logé, sa longue tige unique surgissant du vase à moitié rempli comme un feu d’artifice sur le lac. Je n’ai pas tardé à m’apercevoir que le vase avait une fuite. Au bout d’une nuit une flaque d’eau s’était formée au pied du vase qui ressemblait à un corps incontinent. L’émail du vase était craquelé par une fine fêlure imperceptible qui laissait lentement s’échapper le liquide nourricier. J’étais bien embêtée d’avoir un si beau vase sans pouvoir en faire usage, j’ai relogé le chrysanthème dans une bouteille de bière et j’ai mis le vase de côté. Même inutilisable, j’ai voulu garder le vase, il avait perdu sa fonction d’usage, mais gardait ses vertus décoratives. Le vase fêlé avait surtout gagné une fonction symbolique dans ma mythologie personnelle, la forme du vase apparaissait comme une fontaine aux formes féminines. J’ai gardé le vase parce qu’il était un exemple d’objet contenant ne pouvant plus contenir, la fleur ne pouvait pas survivre sans eau, le vase contenait désormais l’image d’une perte.

Le buste ex-voto

Lorsque mon fils était petit, il avait une très belle forme de crâne totalement glabre, avec ses jolis lobes il ressemblait à un Rinpoché. J’aimais lui tripoter la tête en forme de pois chiche et me délecter de ses formes harmonieuses et j’ai entrepris de modeler son effigie dans la terre glaise. Lors de la cuisson au four le buste s’est fendu en trois morceaux sur le haut de la calotte crânienne. J’ai réparé les dégâts, mais la brisure est restée visible, soulignée par les traces de scotch utilisé pour recoller les bris. Lorsque le buste revenu à la maison, nous avons ri parce que le petit devant son portrait décapité a tenté de détacher sa tête (ce qui ne manqua pas de me mettre un peu mal à l’aise). Décalottée, la reproduction de mon fils me semblait contenir un mauvais présage. La représentation mal adroite, avec sa ligne de vie zébrant son front, son regard étonné, surligné par le tracé de l’arcade sourcilière, la bouche un peu boudeuse, le bout du nez noirci, tout semblait porter en lui l’histoire de sa cicatrice. Est-ce que qu’il ne valait pas mieux m’en débarrasser comme d’un ex-voto ? Compte tenu de toute la peine que m’avait donnée cette sculpture, je me suis consolée en me disant que ce buste trouverait sa raison d’être dans ma collection d’objets cassés. Dans les faits, il s’est avéré que cet enfant a de fréquents maux de tête, aujourd’hui encore, je le guéris alors en lui faisant d’incantatoires massages de la tête.

Les draps de ma grand-mère

Un jour que ma mère faisait du rangement elle m’a demandé si je voulais  récupérer d’un stock de draps en lin brodés aux initiales de ma grand-mère dont elle se débarrassait. J’en ai gardé deux, à cause de leur belle qualité de tissu, tout en volume avec un treillis de fils blanc irréguliers. Ils étaient comme de la matière pure, du temps épais et dense, je n’arrivais pas à les imaginer dans la poubelle avec ses initiales brodées au fil rouge. J’aime bien ces vignettes féminines sur la grande page blanche du drap, elles signent le travail silencieux des jeunes femmes en attente que leur sort se dénoue. Les consonnes rouges qui estampillent les lourds draps du lit de mes grands-parents m’inscrivent dans une histoire en initiales et au point de croix rouge.

J’avais en mémoire une anecdote au sujet sur ces draps, selon la personne qui me l’avait racontée, ces draps avaient été filés et tissés par les prisonniers du pénitentiaire de Sion. Bien que ces faits ait été démentis, vraie ou fausse, cette version de l’histoire des draps de ma grand-mère me semblait plausible et avait éveillé ma curiosité sociologique. Cette version conférait une valeur ajoutée qui justifiait que je garde précieusement ces draps comme témoins d’un passé inavoué. Je n’utilisais ce patrimoine sauvé que pour de rares occasions, leur lavage était une vraie corvée il fallait les bouillir et les repasser au fer-chaud. Ils ont fini par s’user jusqu’à devenir une fragile gaze et se déchirer. Je les ai raccommodés une ou deux fois à la machine à coudre, en zigzag à la punk, pour finalement me résoudre à les découper en une dizaine de torchons de cuisine. Le drap est entré dans un nouveau cycle, il a retrouvé une utilité, il contribue à calmer mon impression de perte de mémoire dans le tourniquet de la benne de la Croix Rouge, quand je me sèche les mains avec le tissu devenu gris et rêche.

Les clés de nulle part

Je garde tout un tas de clés dont je ne sais plus à quelle porte elles correspondent, quelle porte, portière, portail, cadenas, boîte, vitrine, caisse, valise, tout est sous clé mais sans clé. Clés sans serrures et serrures sans clés, de clés parfois cassées en deux, dont on n’ose se débarrasser de peur de ne plus pouvoir (r) entrer, un trousseau fantômes, témoins de refuges et trésors perdus. Je sais qu’il y a la clé de la maison des amis de Valencia, de La Chaux-de-fonds, de Montréal, de la cave de la Jonction, de ma vielle Chrysler que j’ai abandonnée dans un jardin avec dedans une collection de pierres de Trois Rivières, des lieux et des gens que j’ai aimés, des choses précieuses à mettre sous clé. C’est comme une pièce de 1 000 lires ou 2 francs français que l’on ne jette pas, car on ne jette pas l’argent à la poubelle, sa valeur est contenue dans sa matérialité. Ces pièces n’ont pourtant même plus la valeur du métal qui les constitue.

L’armoire au vœu caché

Je l’avais trouvée en fin de marché aux puces, c’est la dernière propriétaire qui a fait que je me suis attachée, l’histoire d’une inconnue. L’armoire était verrouillée, je la scrutait pour savoir ce qu’elle pouvait bien contenir. Lorsque nous avons réussi à crocheter la serrure, nous avons trouvé une armoire vide, mais ce vide était plein de vies passées. La porte s’est ouverte sur une forte odeur de savonnette, tout le monde s’est penché pour inspecter l’intérieur, soulagés et un peu déçus. L’essentiel était scotché à l’intérieur la porte, sous un clou, une coupure de journal qui titrait JE VOUDRAIS JUSTE ÊTRE HEUREUSE. Je la vois faire sa toilette en se regardant dans le petit miroir accroché à un clou en récitant sa secrète incantation matinale.Elle a dû garder le miroir, mais n’avait plus besoin du vœu.

Quelques années plus tard je suis tombé au dos d’une commode sur une minuscule coupure de journal qui disait JE VOUDRAIS ÊTRE BIEN DANS MA PEAU. Cacher des vœux dans les meubles de la chambre à coucher doit être une pratique locale, une sorte d’ex-voto. Ce qui me touche dans ces objets, c’est qu’ils sont porteurs d’une blessure exprimée en secret à soi-même. Cette armoire ouvre une une catégorie d’objets cassés à part, ils ne sont pas cassés, mais ils racontent une blessure intime; le rapport qu’une personne a entretenu avec un objet lui confère un pouvoir évocateur de blessures cachées.

Le livre de poche tempétueux

J’étais en train de lire ce livre de poche, lorsqu’une dispute éclata avec mon compagnon. Croyant éviter le conflit qui pointait dans le ciel de ma lecture paisible, je continuai à lire sans donner le change ce qui fut interprété comme du mépris et enflamma la situation. Comme il n’y avait pas d’assiette à casser sous la main, le livre qui se dressait entre nous, bien que difficile à casser, a fini froissé, déchiré et jeté au sol.
La tempête passée, j’ai rafistolé le livre de poche avec un rouleau de scotch, un linceul transparent comme les araignées. Consciencieusement j’ai relié les pages dans l’ordre et j’ai plastifié la couverture avec quantité de petites bandelettes collantes agaçantes. Mais la présence du livre scotché rayonnait dans la bibliothèque et me ramenait sans cesse à la dispute. Face aux autres livres lisses sa matière rafistolée était trop imprégnée de vécu. Je l’ai caché dans une boîte avec un tas de cartes postales et de lettres, comme si son message houleux allait se neutraliser parmi les missives amicales. Je le garde parce que c’est un bon livre et que sa charge émotionnelle fait partie des strates de vécu, il est retourné dans la bibliothèque avec les autres livres.

Le troc de la photo

Une année j’ai participé à un marché de Noël, j’ai tenu un stand avec mes livres entouré d’un mélange de créations diverses et savoureuses. Lorsqu’on tient un stand on est là à parler de nos créations, on passe surtout beaucoup de temps à s’observer et écouter les explications des voisins voisines. En fin de marché je suis allé trouver un photographe dont le travail plaisait. Il développait ses photos dans sa salle de bains, des tirages sur papier coton très contrastés en noir et blanc. Je voulais lui acheter un tirage d’un paysage de montagne qui avait un air de photo d’explorateur alpin du 19 ème siècle. À mon étonnement il a voulu me donner la photo, il a même insisté pour la mettre dans un cadre IKEA blanc pour la protéger, je lui ai proposé de troquer des livres en contrepartie.

J’ai installé la photographie dans ma bibliothèque, mais quelques gros volumes plus tard l’étagère bricolée a dégringolée comme une avalanche de blocs sur mon bureau dans un grand fracas de bois, papier et verre. La photo était transpercée et le verre en mille morceaux. Je pouvais facilement remplacer le cadre et restaurer la photo, mais j’étais en colère contre ma négligence. J’ai ramassé tous les morceaux de verre brisé suivant leur fascinant arrangement en strates transparentes vaporisées de poussière de verre étincelantes, traces menaçantes de ma conscience. Cela dit, maintenant que j’ai raconté son histoire, je vais pouvoir jeter les bris de verre, réparer la photographie et l’accrocher au mur sans me sentir mal à l’aise quand je raconte le troc qui est à son origine.

La divinité de la fertilité antique

Les modelages et les dessins des petits enfants ont toujours un air d’archétype, de formes essentielles, remplies d’images anciennes. La petite statuette en terre cuite tient dans une main, mais elle a l’air d’être au centre du monde. Ma fille a fait cette statuette en toute innocence, elle m’avait frappé par son allure de divinité de la fertilité crétoise avec ses bras qui formaient un arc de cercle autour de son giron, elle semblait aussi bien accueillir que dispenser. Elle trônait éternellement dans le salon comme un autel domestique, puis elle s’est cassée un jour, comme les statues antiques. Avec ses bras à ses pieds elle avait perdu sa position dispensatrice, mais elle gagnait plus d’ancienneté et de mystère. Je n’ai pas vraiment ressenti le besoin de la recoller, elle me paraissait porteuse d’une portion d’Histoire et les drames qui racontent qui nous sommes. De peur d’égarer les bras, dans un urgent souci de conservation, je l’ai rangée dans une boîte à chaussures tapissée de papier de soie noir, cet écrin de fortune lui allait comme un gant, comme un tombeau ou une vitrine de musée d’archéologie. Elle ne trône plus dans le salon parmi les plantes et les objets du quotidien, elle est sortie de notre champ de vision, mais sa présence reste résiduelle. Enfouie dans sa boîte je la regarde parfois quand je fais du rangement, j’aime savoir qu’elle est là. Je la recollerai un jour peut-être.

La fin tragique de doudou pomme

Quand ma fille est entrée en crèche, les éducatrices nous ont demandé d’amener un doudou, un objet de transfert qui allait l’aider à vivre la séparation. Elle a choisi Bébé pomme, doudou hybride avec une tête de bébé rose surmontée d’une tige et un corps en velours rouge surmonté d’une collerette verte. Il était devenu indispensable et s’est endormi tous les soirs dans ses bras durant sa vie de petite fille. Un matin je l’ai trouvé éventré devant la maison, une meute de chiens l’avaient déchiqueté durant la nuit. J’ai ramassé la tête avec le projet de lui greffer un nouveau corps, mais peine perdue, il avait perdu son innocence, elle ne le voulait plus. J’ai gardé la tête de doudou durant des années sans pouvoir me résoudre à la jeter, souvenir d’une tendre enfance pleine de douceur, un peu sordide avec ses égratignures sur la joue et son menton sale. Je l’ai mise dans mon cabinet de curiosités. Bébé pomme est un canal direct avec une période de nos existences, quand je le regarde je vois des images douces et colorées mêlées de dangers tapis dans la nuit. Doudou pomme est pour moi un survivant, un rescapé.

Le peigne de ma tante

Ma tante m’a donné ce peigne quand j’avais dix ans, c’était un cadeau un peu incongru puisque j’avais toujours eu les cheveux lisses et coupés très court. Ce peigne me parle de ma tante, elle a toujours eu des cheveux très longs qui me semblaient depuis toujours blancs, qu’elle portait invariablement en une tresse sur le côté, sauf lors d’évènements importants elle enroulait sa tresse en un épais chignon. Malgré son allure et ses vêtements d’un charme un peu désuets, elle était pour moi une femme très moderne et libre à sa façon. Elle vouait sa vie à la recherche scientifique et aux jeunes prodiges de musique classique, pour moi, petite fille avec les cheveux en brosse et toujours en pantalons, ma tante était un modèle de femme, différent de tout ce que je connaissais. Je n’ai jamais vraiment utilisé le peigne, même maintenant que j’ai les cheveux longs, je l’utilise que pour me faire une raie au milieu, ce que je ne fais jamais. La collectivité des salles des bains s’est chargée du sort du peigne de ma tante, il s’est brisé les dents dans une chevelure et s’est cassé en deux. Je ne suis pas attaché à ce peigne, je suis attachée à ma tante, c’est pourquoi si petit soit-il je ne voudrais pas qu’il disparaisse, il est mon objet fétiche.

Le temps des catastrophes

Un jour j’ai reçu une horloge en céramique blanche avec un cadran noir de style années vingt. Il y a plusieurs horloges qui tapissent les murs du salon, mais aucune ne fonctionne, sauf une, un bricolage d’école en papier aluminium froissé impossible à déchiffrer, mais à l’heure des téléphones portables, les horloges ne servent plus. L’horloge blanche était jolie, mais je trouvais qu’elle faisait trop de bruit, je l’ai arrêtée et elle n’a fait plus que décorer le salon. Elle est tombée sous la poussée d’une coudée, je me souviens du bruit de vaisselle cassée, du silence, suivi du bruit de la ramassoire qui déverse les morceaux dans la poubelle. Cette horloge portait un secret implicite pour notre famille, le fait qu’elle se soit cassée dans une période de deuil, confirmait la fin d’un temps définitif et irrémédiable. On pouvait la recoller, mais son dessein était gâchée à tout jamais.

Quand l’horloge s’est cassée, j’ai pensé à la fascination pour la montre calcinée par l’explosion de Little boy sur Hiroshima, j’avais lu récemment plusieurs articles sur le nouveau Mémorial de la paix dont la montre avec le verre et les aiguilles qui avaient fondus à 3000° était la pièce maîtresse. Elle était devenue un symbole, on pouvait télécharger son image sur Dreamstime.com ou l’acheter sur Rakuten, sous la rubrique service:Défense civile, origine:Japon Période:deuxième guerre mondiale; on pouvait aussi la liker sur le compte Instagram des Nations Unies. Le temps des catastrophes, la peur de l’apocalypse, la montre de Hiroshima ou l’horloge de mon salon nous fait douter, elles ouvrent l’imaginaire à la possibilité d’un temps qui s’arrête pour toujours, elles condensent la crainte de l’arrêt définitif du tic-tac. Je suis allé repêcher l’horloge blanche dans la poubelle, me sentant un peu niaise de tenter de conjurer le sort, sans vraiment pouvoir m’en empêcher.

Catalogue

Action: conserver

Mode de lecture: feuilleter; aperçu

ARCHIVE
DIGITAL ART

La divinité de la fertilité antique

Les modelages et les dessins des petits enfants ont toujours un air d’archétype, de formes essentielles, remplies d’images anciennes. La petite statuette en terre cuite tient dans une main, mais elle a l’air d’être au centre du monde. Ma fille a fait cette statuette en toute innocence, elle m’avait frappé par son allure de divinité de la fertilité crétoise avec ses bras qui formaient un arc de cercle autour de son giron, elle semblait aussi bien accueillir que dispenser. Elle trônait éternellement dans le salon comme un autel domestique, puis elle s’est cassée un jour, comme les statues antiques. Avec ses bras à ses pieds elle avait perdu sa position dispensatrice, mais elle gagnait plus d’ancienneté et de mystère. Je n’ai pas vraiment ressenti le besoin de la recoller, elle me paraissait porteuse d’une portion d’Histoire et les drames qui racontent qui nous sommes. De peur d’égarer les bras, dans un urgent souci de conservation, je l’ai rangée dans une boîte à chaussures tapissée de papier de soie noir, cet écrin de fortune lui allait comme un gant, comme un tombeau ou une vitrine de musée d’archéologie. Elle ne trône plus dans le salon parmi les plantes et les objets du quotidien, elle est sortie de notre champ de vision, mais sa présence reste résiduelle. Enfouie dans sa boîte je la regarde parfois quand je fais du rangement, j’aime savoir qu’elle est là. Je la recollerai un jour peut-être.

Le peigne de ma tante

Ma tante m’a donné ce peigne quand j’avais dix ans, c’était un cadeau un peu incongru puisque j’avais toujours eu les cheveux lisses et coupés très court. Ce peigne me parle de ma tante, elle a toujours eu des cheveux très longs qui me semblaient depuis toujours blancs, qu’elle portait invariablement en une tresse sur le côté, sauf lors d’évènements importants elle enroulait sa tresse en un épais chignon. Malgré son allure et ses vêtements d’un charme un peu désuets, elle était pour moi une femme très moderne et libre à sa façon. Elle vouait sa vie à la recherche scientifique et aux jeunes prodiges de musique classique, pour moi, petite fille avec les cheveux en brosse et toujours en pantalons, ma tante était un modèle de femme, différent de tout ce que je connaissais. Je n’ai jamais vraiment utilisé le peigne, même maintenant que j’ai les cheveux longs, je l’utilise que pour me faire une raie au milieu, ce que je ne fais jamais. La collectivité des salles des bains s’est chargée du sort du peigne de ma tante, il s’est brisé les dents dans une chevelure et s’est cassé en deux. Je ne suis pas attaché à ce peigne, je suis attachée à ma tante, c’est pourquoi si petit soit-il je ne voudrais pas qu’il disparaisse, il est mon objet fétiche.

Le temps des catastrophes

Un jour j’ai reçu une horloge en céramique blanche avec un cadran noir de style années vingt. Il y a plusieurs horloges qui tapissent les murs du salon, mais aucune ne fonctionne, sauf une, un bricolage d’école en papier aluminium froissé impossible à déchiffrer, mais à l’heure des téléphones portables, les horloges ne servent plus. L’horloge blanche était jolie, mais je trouvais qu’elle faisait trop de bruit, je l’ai arrêtée et elle n’a fait plus que décorer le salon. Elle est tombée sous la poussée d’une coudée, je me souviens du bruit de vaisselle cassée, du silence, suivi du bruit de la ramassoire qui déverse les morceaux dans la poubelle. Cette horloge portait un secret implicite pour notre famille, le fait qu’elle se soit cassée dans une période de deuil, confirmait la fin d’un temps définitif et irrémédiable. On pouvait la recoller, mais son dessein était gâchée à tout jamais.

Quand l’horloge s’est cassée, j’ai pensé à la fascination pour la montre calcinée par l’explosion de Little boy sur Hiroshima, j’avais lu récemment plusieurs articles sur le nouveau Mémorial de la paix dont la montre avec le verre et les aiguilles qui avaient fondus à 3000° était la pièce maîtresse. Elle était devenue un symbole, on pouvait télécharger son image sur Dreamstime.com ou l’acheter sur Rakuten, sous la rubrique service:Défense civile, origine:Japon Période:deuxième guerre mondiale; on pouvait aussi la liker sur le compte Instagram des Nations Unies. Le temps des catastrophes, la peur de l’apocalypse, la montre de Hiroshima ou l’horloge de mon salon nous fait douter, elles ouvrent l’imaginaire à la possibilité d’un temps qui s’arrête pour toujours, elles condensent la crainte de l’arrêt définitif du tic-tac. Je suis allé repêcher l’horloge blanche dans la poubelle, me sentant un peu niaise de tenter de conjurer le sort, sans vraiment pouvoir m’en empêcher.

notice: dessin

dimensions: H 10,5 cm; L 10,5 cm; P 1,3 cm
générique : œuvre d’art
usage principal: illustration
matériau: lavis sur papier
blessure: emblématique
particularités: sujet
histoire: expression d’un objet cassé
usage secondaire: association; collection
emplacement: chambre à coucher

notice: vase

dimensions : H 30 cm;  ø base 9 cm / ø sommet 5 cm 
générique : pièce décorative
usage principal: récipient pour fleurs coupées ou ornement
matériau: céramique
blessure: fêlure
histoire: brocante
particularités: forme
usage secondaire: cadavre exquis
emplacement: salon; chambre à coucher

notice: buste

dimensions : H 15,5 cm; L 14,5 cm;
générique : œuvre d’art
usage principal : souvenir
matériau: terre glaise
blessure: fracture
particularités: recollé
histoire: massage
usage secondaire: collection
emplacement: chambre à coucher

notice: drap

dimensions: H 262 cm; L 206 cm; P 0,1 cm
générique: literie
usage principal: protéger lit 2 places 160cm; couvrir
matériau: lin; fil rouge
blessure: usure; déchirure
histoire: héritage
particularités: filé main; initiales brodées
usage secondaire: torchons; nettoyage
emplacement : lit; armoire; cuisine

notice: clefs

dimensions : variables 2 cm < 7 cm
générique : serrurerie
usage principal : sécurité
matériau: métaux variables; plastique; scotch; étiquettes; perles et photos matons
blessure: cassure; perte
particularités: inutile
histoire: serrures sans clefs
usage secondaire: collection
emplacement: poche; boîte

notice: bonnetière

dimensions: H 156 cm ; L 54 cm ; P 30,5 cm
générique: armoire
usage principal: ranger coiffes; bonnets
matériau: bois, crochets en matière synthétique
blessure: message
particularités: étroite; odeur; coupure de journal
histoire: blessure secrète
usage secondaire: réduit
emplacement: entrée

notice: livre de poche

dimensions : H 18 cm; L 11,5 cm; P 0, 7 cm
générique : livre
usage principal : lecture
matériau: papier
blessure: déchirure couverture, dos
particularités: Jean-Philippe Toussaint, édition minuit, 2007, p.140
Réparation : Scotch transparent type cristal
histoire: une dispute
usage secondaire: secret
emplacement: poche; bibliothèque

notice: photographie

dimensions: H 30 cm; L 45 cm; P 0 4 cm
générique : oeuvre d’art
usage principal : contemplation
matériau: papier; bois aggloméré, peinture blanche
blessure: Fracture; déchirure
particularités: transpercée
histoire: potlach
usage secondaire: réparer
emplacement: atelier

notice: statuette

dimensions: H 11 cm ; L avec bras: 13 cm/ L sans bras: 5 cm; P 8 cm
générique : oeuvre d’art
usage principal :pédagogie; décoration
matériau: terre glaise
blessure: démembré
particularités: enfance
histoire: archétype
usage secondaire: raconter; se souvenir
emplacement: salon.

notice: tête poupée

dimensions : H  13 cm; ø base 4,5 cm; ø centre: 8 cm
générique : poupée
usage principal: doudou
matériau: caoutchouc
blessure: démembré
particularités: famille
histoire: enfance
usage secondaire: souvenir
emplacement: mobile; malle

notice: peigne

dimensions : H  13 cm; L 4 cm; P: 0,4 cm
générique: poupée
usage principal: doudou
matériau: caoutchouc
blessure: démembré
particularités: famille
histoire: enfance
usage secondaire: souvenir
emplacement: mobile; malle

notice: horloge

dimensions : H 20 cm x L 25 cm x P 3 cm
générique:  horloge murale
usage principal: mesurer le temps
matériau: céramique; métal
blessure: fractures multiples
particularités: temps perdu
histoire: Hiroshima
usage secondaire: mosaïque
emplacement: salon; atelier

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photo 2
photo 3
photo 4
photo 5
photo 6
photo 9
photo 10
photo 7
photo 11
photo 8
Objets casses
vase 1 blanc
vase 1 noir
vase fissure
vase fissure2
Objets casses
peigne
peigne2
peigne3
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peigne4
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clefs 2
clefs3
clefs 4
clefs 5
clefs 6
clefs7
clefs8
clefs 9
clefs 10
clefs11
clefs12
cadenas
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clef marie
clefs cave2
trousseau bleu
clef_chaine
Objets casses
dessin
dessin2
dessin3
dessin4
dessin5
dessin6
Objets casses
horloge
horloge2
horloge3
armoire
armoire2
armoire3
armoire4
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armoire6
armoire8
armoire7
armoire9